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Vendredi 3 avril 2020. – Frida Wattenberg est décédée du Covid19

06/04/2020
Vendredi 3 avril 2020. – Frida Wattenberg est décédée du Covid19

Vendredi 3 avril 2020. – Historienne et militante de la Résistance juive, Frida Wattenberg nous a quittés

Avec le décès, à quelques jours de ses 96 ans, de Frida Wattenberg, des suites de la pandémie du coronavirus, disparaît une grande figure de la Résistance juive en France. Elle aurait eu 96 ans le 7 avril 2020.

Nous avons été en contact avec elle, durant l'été 2004, par le biais de nos recherches sur Jules Altar dit Alter. Sous la fausse identité d'André Duverneix, ce militant de la Résistance juive, raflé à Tulle le 9 juin 1944, a été interné à Limoges, puis à Compiègne, puis déporté par le Train de la mort, parti de Compiègne le 2 juillet 1944 en direction de Dachau. Il est mort dans le train, le 2 ou le 3 juillet 1944, sans avoir révélé sa véritable identité. Dans un article que nous avons écrit, le 6 juillet 1944 (pour marquer le 60e anniversaire du départ de ce convoi), dans le journal La Montagne, nous révélions lle lien entre Jules Altar dit Alter et André Duverneix, annonçant au grand jour que son nom devrait être rajouté à la tragique liste des victimes du nazisme lors de cette rafle de Tulle.

Après la parution de cet article, Frida Wattenberg nous contacte en nous félicitant chaleureusement. De son côté, elle avait lancé un appel à témoins sur le site Internet du Centre de documentation juive contemporaine, pour essayer de retrouver le fil conducteur sur Jules Altar dit Alter. Personne n'avait alors répondu. Mais, après la parution de l'article, une personne de Tulle le lui avait fait parvenir. Elle nous a indiqué que, grâce à cet article, le lien était établi.

Frida Wattenberg a été un des auteurs de Organisation juive de combat, Résistance/sauvetage, France 1940-1945. Collection Mémoires n° 85, éditions Autrement.

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Pour mémoire, nous publions une partie l'article que nous avons écrit sur Jules Altar dit Alter et publié une première fois le 6 juillet 2004.

A-t-on fait attention, le 9 juin 1944, durant la terrible rafle de Tulle, à la serviette que tenait André Duverneix, professeur dans un collège de cette ville ? Comme d'autres, il a été pris en otage. Sa serviette contenait plus qu'une fortune : la liste, codée ou en abrégé, des enfants juifs dont lui et sa femme Fanny avaient la charge, avec les vrais noms, les faux noms, les contacts de leurs familles et des personnes qui les accueillaient.

La rafle avait surpris André Duverneix et il fallait impérativement qu'il passe cette serviette à Fanny. Alors qu'il venait d'être embarqué en camion, a-t-il vu Fanny parmi la foule ou Fanny a-t-elle réussi à s'approcher de lui pour l'embrasser ? Toujours est-il que cette dernière a récupéré la précieuse serviette.

Mais il était hors de question qu'André Duverneix, muni de faux papiers, déclare aux Allemands, à Limoges, à Poitiers ou à Compiègne, lieux de son internement, qu'il s'appelait en fait Jules Altar dit Alter. Cela aurait mis en péril Fanny et les enfants.

Il a été poussé, comme d'autres, dans le train n° 7909, il est mort le 2 ou le 3  juillet 1944, et c'est sous l'identité d'André Duverneix qu'il a été recensé, le 5 juillet, au concentration de Dachau (Allemagne) comme mort dans le train.

Fanny et Jules se sont rencontrés à Moissac (Tarn-et-Garonne). Fanny était cheftaine des petits Eclaireurs israélites et Jules encadrait les grands, parmi lesquels Kurt Niedermayer, la première personne qui nous ait parlé de Jules, avec admiration : « Son nom de totem comme éclaireur était Héron ».

Jules et Fanny se marient et, à partir de 1942, s'installent à Clermont-Ferrand puis à Tulle, s'occupant notamment, en plus de leur activité d'enseignant, de placer des enfants juifs dans des familles ou des institutions religieuses, de payer les pensions et de veiller à ce que chacun soit bien traité.

Fanny n'a plus eu de nouvelles de son mari jusqu'à la libération des camps, au printemps 1945. Elle ne savait pas qu'il était mort dans le train et n'avait pas pu lancer d'avis de recherches, car dévoiler la véritable identité juive de Jules lui aurait été fatal.

Au retour des camps, elle a certainement pu établir un contact avec un ancien du convoi. Comme Fanny a tenu, après guerre, un foyer d'enfants au moulin de Moissac, c'est dans cette ville que l'acte de décès a été transcrit, et non à Tulle, son domicile avant la déportation.

Le lien avec les recherches d'Antoine Soulier, qui a recensé les raflés de Tulle morts en déportation (Le drame de Tulle), n'a pas été établi.

Soixante ans après, grâce à la Fondation pour la mémoire de la Déportation, qui a édité le Livre-Mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression (en quatre volumes), nous avons pu restituer le chaînon manquant de l'histoire de Jules Altar dit Alter et informer son frère Maurice de l'identité sous laquelle Jules est décédé.

Comme Jules était juif, aucune médaille de Juste ne peut lui être attribuée pour son geste qui a sauvé de nombreux enfants juifs. Mais son dossier est déposé au Mémorial de la Résistance juive en France et à Yad Vashem Jérusalem.

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Nous avons largement évoqué l'histoire du Train de la mort, du 2 au 5 juillet 1944, entre Compiègne (Oise) et Dachau (Allemagne), dans notre livre La Libération désirée tome 2 Massif central. Jules Altar dit Alter y est cité aux pages 122 (Mémorial des 153 morts dans ce train et issus du Massif central) et 144 (notre liste des raflés de Tulle décédés dans le Train de la mort).

© Manuel Rispal. Mis en ligne le 6 avril 2020, modifié le 7 avril 2020.