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Agnès Varda et les Justes au Panthéon

02/04/2019
Agnès Varda et les Justes au Panthéon

Au début de l’année 2006, Agnès Varda nous appelle pour évoquer un ami commun, Ernest Nives, raflé fin août 1942 à Lespardellière de Saint-Etienne-des-Champs (Puy-de-Dôme, Auvergne-Rhône-Alpes, France, Europe), et rescapé du camp de concentration de Blechhammer (alors en Allemagne, maintenant en Pologne), dont la mère, raflée avec lui, n’est pas revenue d’Auschwitz (Pologne). Ernest Nives avait créé et financé, en France, une exposition sur l’antisémitisme du Moyen Âge à nos jours. Agnès Varda faisait partie du comité d’honneur qui soutenait cette initiative, tout comme Peter Brook et Anne Sinclair. Aux Etats-Unis, Ernest Nives était expert-comptable spécialisé dans la production cinématographique.

Avec Anne-Marie Coffi, alors assistante mémoire de l’Office national des Anciens combattants du Puy-de-Dôme, nous avions retrouvé, en 2002, la ferme où Ernest Nives travaillait avant d’être arrêté, avec sa mère, à Lespardellière de Saint-Etienne-des-Champs, le même jour que d’autres Juifs autrichiens réfugiés à Herment (Puy-de-Dôme).

Nous avions retrouvé la trace d’Ernest Nives, à New York. Il a traversé l’Atlantique pour assister à la cérémonie inaugurale de la stèle à la mémoire des Juifs déportés à Herment et dans le secteur, début janvier 2003. Son exposition a été présentée au CRDP de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) et Ernest Nives,  assisté de Françoise Fernandez, historienne, a donné une conférence particulièrement émouvante, au CRDP.

Alors qu’Agnès Varda préparait la scénographie et les courts métrages pour la cérémonie en l’honneur des Justes de France, au Panthéon, elle nous appelle pour nous demander la couleur des uniformes de la Milice française. Une fois la réponse obtenue, elle nous invite à passer à son cher Ciné-Tamaris-maison d’habitation-salle de montage.

Son dernier film sorti alors était Les Glaneurs et la Glaneuse (2000), suivi de Deux ans après (2002), où elle observait ces personnes « invisibles » qui survivent dans les villes et dans les champs. Avant que ce problème de société et de survie dans la difficulté ne claque au grand jour, elle a su en parler et témoigner concrètement, avec sensibilité et curiosité .

Invité par la présidence de la République et par le Comité français pour Yad Vashem à assister à la cérémonie pour les Justes de France, le 18 janvier 2007, au Panthéon, nous avons recroisé Agnès Varda. En dessous de la coupole, elle avait disposé une scène sphérique ornée de portraits de Justes parmi les Nations. Durant la cérémonie sont projetés deux films dont elle contera les enjeux lors d’une interview réalisée par Antoine de Baecque, en avril 2007 :

« Parvenir à faire ressentir l’histoire et la persécution des Juifs en dix minutes, synthèse nécessaire pour que les gens restent voir les films et soient touchés. Les gestes de l’ignominie: le tampon, l’étoile jaune, l’arrestation. Et puis la vie à la campagne, c’est le parti que j’avais choisi, le comportement des paysans, leur générosité quotidienne, les risques pris, tout cela pour des enfants qu’il fallait nourrir et cacher. Je voulais raconter cette histoire avec un certain naturel, en faisant sentir les enfances, leur solitude, la peur omniprésente, mais aussi la découverte de la campagne. »

Lorsque les Justes ont agi pour sauver des Juifs, parce que ce sont des enfants, des femmes et des hommes, pourchassés, persécutés, traqués, aucune médaille, aucune récompense ne leur était promise. On ne leur garantissait pas une gloire, même de Résistance civile. Ils ont agi en toute humanité, en quasi clandestinité, faisant honneur à l’humanité toute entière. Mais, ce jour-là, au Panthéon, Agnès Varda mettait en scène leur ensemble de sauvetage au niveau national, après les honneurs rendus par les cérémonies locales organisées par le Comité français pour Yad Vashem, par la remise de la médaille des Justes parmi les Nations, plus grande décoration décernée au nom de l’Etat d’Israël.

Manuel Rispal.

© Texte et photomontage Manuel Rispal, d'après ses photos du 18 janvier 2007. Mise en ligne le  1er avril 2019.